La croix est un des symboles les plus répandus même avant l’apparition du Christianisme.

On la retrouve dans les cavernes préhistoriques, dans l’art de l’Europe préromaine et préchrétienne, chez les Celtes, chez les Grecs et les Scandinaves, dans l’Egypte antique, l’Inde, la Syrie et la Perse. Les arts ornementaux et la littérature nous témoignent de cette présence de la croix dans les civilisations du passé. C’est peut-être à cause de cette présence de la croix et de sa signification pour ces peuples que les chrétiens ont mis du temps pour associer la croix au Christ. La beauté de la croix n’a pas été reconnue avant le IVème siècle chez les chrétiens. La réhabilitation de la croix a été faite après l’empereur Constantin par l’élaboration d’une théologie et d’un contenu symbolique.

Dans la tradition orthodoxe, la croix exprime plusieurs dimensions : le rappel des événements de la passion du Christ ; la puissance de Dieu ; l’aveuglement des hommes ; le sacrifice du Fils de Dieu et la rédemption. La croix a toujours été pluridimensionnelle ; elle représente le commencement et la fin, le ciel et la terre, la vie et la mort. Si la croix est apparue dans son contexte historique comme un instrument de mort et de torture, elle a connu une transformation symbolique par l’exécution du Christ sur celle-ci. Elle est devenue l’instrument de la rédemption, le signe du salut de l’humanité. La croix devient progressivement dans la conscience chrétienne des premiers siècles comme inséparable du Christ, comme l’instrument qui a levé la malédiction et son infamie résultant de la chute originelle.

A cause de son importance pour les croyants, la croix devient un objet d’art après le 4ième siècle. Constantin ayant vaincu après avoir vu la croix en apparition, elle garde au début le symbole du pouvoir et de l’autorité puisque l’empereur avait entendu « Par ce signe tu vaincras ! ». Plus ou moins rudimentaire en exécution au début, la croix est cependant omniprésente : on la retrouve sur les sarcophages, les boîtes d’ivoire, les crucifix, la monnaie, les drapeaux, les étendards, les œuvres en mosaïque, les bijoux, etc. Sa présence est de plus en plus fréquente dans l’empire romain. Même si au début la représentation de la croix était dépouillée et simple, pauvre et pur symbolique, à la fin du 6eme siècle la richesse de la décoration et des matériaux veut égaler la beauté de la divinité et du paradis. L’abondance et la préciosité des matériaux n’est jamais suffisante. L’esthétique cumulative dure longtemps avant qu’on rajoute un autre type d’esthétique, celle dominée par l’allégorie et le symbole.

L’exposition de la Croix veut justement redonner à la croix cette esthétique symbolique et non pas la démonstration de la richesse des matériaux précieux parfois utilisés. Un retour au bois de l’origine et la décoration artisanale et symbolique sont l’objet de cette exposition.

Entretien avec Vladimir Midvichi | “Atelier d`Arts Anciens Valuarda” | artiste